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La desserte de Londres au XIXe siècle

Au XIXe siècle, approvisionner la capitale anglaise en fourrage pour nourrir les milliers de chevaux qui la parcouraient en tous sens n’était pas une mince affaire… Fort heureusement, desservie par la Tamise, celle-ci pouvait cependant compter sur les Thames sailing barges pour assurer cette tâche.

Vingt-cinq mille chevaux à nourrir !

A cette époque, avec une superficie trois fois supérieure à celle de Paris et une population qui quintuple au cours du siècle (neuf cent mille habitants en 1801, près de deux millions et demi en 1851, quatre millions et demi en 1901), Londres, centre mondial de la finance et du commerce, est la plus gigantesque de toutes les capitales.
Des milliers de cabriolets, tapissières, tombereaux et autres charrettes pour desservir le marché de Covent Garden, relier les gares de chemin de fer, livrer le charbon, évacuer le fumier collecté dans les écuries et les étables, mille deux cent omnibus et trois mille fiacres pour le transport des voyageurs… Dans les années 1850, ce sont ainsi quelque vingt-cinq mille chevaux qui parcourent les rues de la Cité qui deviennent chaque jour le réceptacle de plus de cent tonnes de crottin !
C’est sans compter l’acheminement du bétail sur pied, vaches approvisionnant en lait les élégantes de Hyde Park, bovins, moutons et porcs que l’on conduit au marché et aux abattoirs… et leur contribution aux encombrements et à l’insalubrité de la voie publique.
Il faut aujourd’hui beaucoup d’imagination pour comprendre les progrès que les techniques industrielles ont pu apporter à la vie quotidienne de la grande ville aux rues boueuses, où les déjections de milliers d’animaux étaient balayées à grand peine, où l’eau était puisée directement dans la Tamise ou dans des puits où se déversaient tous les déchets humains et animaux.
Par voie d’eau…
Spécifiques à la Tamise (deux mille quatre-vingt-dix unités recensées en 1907), les Thames sailing barges, une forme évoluée de la péniche, firent leur apparition au début du XIXe siècle. D’une résistance à toute épreuve, les barges de la Tamise possèdent un faible tirant d’eau (compris entre un mètre quatre-vingt et deux mètres cinquante en charge) et une coque galbée de vingt à trente mètres de long sur cinq à huit mètres de large. Leurs deux dérives latérales (pesant plus d’une tonne chacune) leur permettent de naviguer contre le vent. Elles sont équipées d’un grand mât (rabattable pour passer sous les ponts) portant une immense voile à livarde*, un hunier triangulaire, un foc, un clin foc et une trinquette sur un long bout-dehors. Elles portent à l’arrière un mât de tapecul également à livarde.
Manœuvrées par un équipage de deux à trois hommes, avec une capacité de cent à trois cent tonnes suivant les modèles, elles se prêtaient au transport de presque toutes les cargaisons, céréales, briques, pierres, charbon, etc. sur la Tamise et son estuaire.
Un exemplaire de ces robustes embarcations (construit en 1924), le Northdown (vingt-neuf mètres soixante-dix de long sur sept mètres soixante-cinq de large, d’une capacité de deux cent cinquante mètres cubes) est visible au Musée du bateau de Port-Rhu, à Douarnenez.
A l’apogée du transport hippomobile, au milieu du XIXe siècle, c’est à ces bateaux, capables de pénétrer dans d’étroits chenaux pour y être chargés, qu’était confié l’acheminement du foin et de la paille jusqu’au cœur de Londres, tout comme l’évacuation du fumier qui servait, juste retour des choses, à enrichir le sol dans les zones de culture.
Attelages magazine - Eric Rousseaux

* Espar oblique permettant de tendre une voile aurique (quadrangulaire).


 Créée au début du XIXe siècle dans le prolongement de Regent Street, cette place située dans le quartier du West End est une des plus animées de Londres.


 La bourse de Londres (Royal Exchange), fondée en 1567, est un des symboles de cette importante place financière.


 Il faudra attendre le début des années 1970 pour que le marché le plus important du pays, condamné par les encombrements qu’il occasionnait, soit déplacé de quelques kilomètres.


 Regent Street, un des hauts lieux du shopping londonien.


Deux à trois hommes suffisaient à manœuvrer cette Thames sailing barge lourdement chargée.


 A partir de ce quai, le foin pouvait être livré aux différentes écuries de la ville.