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Convois exceptionnels

Nous vous avons rapporté dans un précédent article, le voyage de la « Savoyarde », respectable bourdon de 19.685 kilogrammes destiné au campanile du Sacré Cœur de Paris et, notamment, comment il fut acheminé depuis la gare de la Chapelle jusqu’à Montmartre (publié ci-dessous). L’occasion nous est offerte à travers quelques clichés d’évoquer d’autres convois exceptionnels.


Une turbine emmenée par 23 chevaux (Paris, vers 1900-1905)

Les très grands attelages, au-delà des 5 ou 6 chevaux admis sous la conduite d’un seul charretier par le code de la route*, ont malheureusement disparu sans laisser de traces (à notre connaissance !). Bien peu d’ouvrages abordent l’attelage utilitaire - disons « lourd » car tous les attelages sont à différents titres utilitaires - sous l’angle vraiment technique, mais aucun ne donne de renseignements sur les attelages à grands effectifs. Il est vrai que ces gros charrois, qu’ils s’agissent de blocs de pierre, d’arbres ou de machines hors normes sont une affaire de spécialistes et qu’ à ce titre, nul néophyte ne saurait s’y entendre après la seule lecture d’un manuel, mais on peut regretter aujourd’hui l’absence de commentaires sur les techniques de traction, la préparation de l’attelage, le réglage des harnais, la conduite et les manœuvres… Au regard des images qui ressurgissent de temps à autre, les curieux étaient pourtant souvent nombreux.

On sait qu’assez peu de transporteurs possédaient des fardiers capables d‘emporter plus de 10 tonnes. Que dire alors de ceux pouvant être chargés à plus de 30 tonnes ! Les Compagnies de chemins de fer, des usines (notamment mécaniques et sidérurgiques), des carrières et quelques entrepreneurs de gros camionnage en étaient, semble t’il, les plus fréquents détenteurs. Certaines Maisons avaient acquis une solide réputation en ce domaine. En 1896 par exemple, la compagnie Delanoy & Blanjol fit sensation en présentant au Concours Central Hippique du Grand Palais, un fardier « servant au transport des machines » attelé de 15 chevaux parfaitement préparés.

Comme aujourd’hui, les itinéraires, la progression et les horaires étaient strictement préparés et consignés. La Préfecture autorisait le transport et les autorités compétentes s’assuraient du bon ordre général. On apprend par exemple d’un règlement de la circulation édité par la Préfecture de police de Paris (sans date) que plusieurs artères particulièrement fréquentées étaient interdites aux attelages exceptionnels** de 15 à 19 heures et que d’autres (comme les avenues des Champs –Elysées, Gabriel ou Marigny) l’étaient en tout temps. L’encombrement et le poids étaient aussi des critères pour empêcher, selon des grilles établies, le passage de certains ponts.

Si le nombre des charretiers devait évidemment être déclaré proportionnellement à celui des chevaux, il fallait aussi fournir tout un encadrement affecté au contrôle du chargement, à la sécurité des abords, missionné pour prévenir l’arrivée du convoi.

Il reste assez difficile de donner la date et les circonstances des derniers attelages exceptionnels. Combien ces entrepreneurs de gros camionnage étaient-ils en France, un de ces puissants fardiers existe-t-il encore ?...

Etienne Petitclerc (illustrations collection personnelle)

* en fait, il faudrait dire au maximum 5 chevaux en file plus 1 en « double cheville », devant le limonier (attelage surtout pratiqué par les transporteurs de pierre) ou 6 chevaux par conducteur s’ils sont attelés par paire ou en « double évêque ».

** d’une manière générale à tous les attelages, à marche lente, pouvant créer une « gêne du trafic » : gros tombereaux, fardiers, voitures de déménagement…

 Onze paires (?) de chevaux Percherons et/ou Boulonnais pour cette « pièce » sortie d’une usine de Bobigny vers 1910…

Des bœufs ! A la sortie d’une gare (entre Picardie et Nord), un convoi exceptionnel de 6 paires de bœufs blancs Nivernais. Il pourrait s’agir des attelages d’une exploitation agricole des environs « réquisitionnés » pour la circonstance.

Un attelage de 23 chevaux sur une dynamo de 35 tonnes à Paris (dans LEFEBVRE DES NOËTTES, L’attelage, le cheval de selle à travers les âges. Contribution à l’histoire de l’esclavage, 2è tome, Paris, A. Picard, 1931)