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Contribution des équidés à la petite histoire du service des ambulances

Il fallut attendre la révolution de 1789 pour que les soldats cessent d’être la chose des chefs, que le pays s’inquiète du sort de ses enfants, que les blessés deviennent sacrés, et la 1ère République, pour que soient créées les premières ambulances...


Depuis juillet 1865, les ambulances (et les hôpitaux) arborent un drapeau avec une croix rouge sur fond blanc.


Les héros qui aux temps antiques se faisaient chirurgiens, Podalyre et Machaon (chirurgiens des armées lors de la Guerre de Troie)(1), Esculape leur père, Achille, et tant d’autres qui savaient extraire les javelots, étancher le sang et panser les plaies, consacraient ensuite leurs chars au transport des blessés hors du combat.

Plus tard, dans les armées romaines, des soldats choisis dans les cohortes furent chargés de l’enlèvement des blessés pour lesquels on avait dressé des tentes.

Il fallut pourtant attendre la révolution de 1789 pour que les soldats cessent d’être la chose des chefs, que le pays s’inquiète du sort de ses enfants, que les blessés deviennent sacrés, et la 1ère République, pour que soient créées les premières ambulances (à partir de 1787, la formule chariot d’ambulance en annonce le sens).

Les premières ambulances

Au milieu du XVIe siècle, à l’époque d’Ambroise Paré (généralement considéré comme le père de la chirurgie moderne) les seuls médecins qui suivaient les armées étaient ceux que les chefs attachaient à leur personne. Ainsi, jusqu’au XVIIe siècle, faute d’une organisation appropriée, l’insuffisance de personnel autant que de matériel, rendit à peu près nuls les secours d’une médecine encore balbutiante pour les malheureux blessés au combat.

Bien que l’on fasse remonter à Henri IV l’institution d’un service de santé régulier dans les armées en campagne (les ambulances installées au siège d’Amiens étaient si bien organisée que des généraux s’y firent transporter), ce n’est que sous le règne de Louis XIII que furent établis les premiers hôpitaux militaires fixes et les hôpitaux ambulants qui nous intéressent ici. Toujours relégués très loin du champ de bataille, ils n’avaient toutefois guère d’utilité, et les chirurgiens n’arrivaient sur le terrain qu’après les combats. Il en fut ainsi jusque vers la fin du XVIIIe siècle.

En 1792, Pierre-François Percy, chirurgien en chef des armées de la Moselle, de Sambre-et-Meuse et du Rhin, institua le corps des chirurgiens mobiles chargés d’opérer sur les champs de bataille. Il proposa à cet effet la transformation en véhicule sanitaire d’un caisson allongé (le wurst) en usage dans l’artillerie bavaroise. Cette « ambulance », attelée de 4 à 6 chevaux, était capable de transporter rapidement six officiers de santé (infirmiers, aides chirurgiens et chirurgiens) installés à califourchon sur un coffre contenant les médicaments, pansements et autres instruments chirurgicaux, directement sur le champ de bataille, au plus près de la ligne de feu, mais elle ne permettait pas de transporter les blessés et fut rapidement abandonnée.

Les représentants du corps de santé furent alors mis à cheval et lors de la Campagne d’Italie (en 1797), l’« ambulance volante », créée par Dominique Larrey (chirurgien en chef de la Grande Armée de Napoléon) disposait de voitures à chevaux bien suspendues, transportant de deux à quatre blessés, et représentait un moyen d’évacuation relativement confortable des blessés vers les hôpitaux de l’arrière. Le plancher de la caisse était formé d’un cadre mobile pouvant servir de brancard ou de table.

Le principe d’un bataillon d’équipage militaire d’ambulances fut admis, et en 1813, Percy et Larrey, pour mieux servir les ambulances obtinrent la création d’un corps d’infirmiers de l’avant, les despotats, des brancardiers militaires chargés de la relève des blessés.

L’évacuation des blessés se faisant le plus souvent dans des charrettes garnies de paille, Larrey se battra alors sans discontinuer pour obtenir de l’Empereur et de l’administration militaire, la création des ambulances militaires telles qu’elles apparaîtront lors de la guerre de 1914.

Pendant la Grande Guerre, le transport des malades et des blessés entre l’ambulance et l’hôpital se fait encore régulièrement dans des voitures hippomobiles tractées par des chevaux ou par des mules, et jusqu’en 1935, ce sont les voitures pour blessés modèle 1889 (450 kg à vide pour la petite voiture, 970 kg à vide pour la grande voiture) qui équipent les compagnies de transport du train des équipages militaires affectées aux services de santé de l’armée.

Le modèle américain

Jusqu’au XIXe siècle, c’est donc surtout dans le cadre militaire que l’on découvre l’histoire et l’organisation des ambulances. « Apporter de prompts secours aux malades et aux blessés trop éloignés des hôpitaux sédentaires, les préserver ainsi des fatigues et des dangers de la mort, affermir le courage des combattants, enlever du terrain les hommes inutiles à l’action, et y ramener bientôt ceux dont les blessures légères ne réclament que le secours du moment, et dont l’éloignement prolongé peut affaiblir, démoraliser les troupes et les exposer aux chances d’une défaite, en tombant eux-mêmes au pouvoir de l’ennemi, telle est la noble mission des ambulances »(2).

Il était cependant normal que l’on cherchât en temps de paix à mettre en pratique ce qui avait été expérimenté sur une large échelle en temps de guerre. Parallèlement, à ce développement de l’aide aux blessés sur-le-champ de bataille s’organisa donc, à partir du XVIIIe siècle, une assistance aux victimes d’accidents « imprévus et susceptibles d’être très rapidement mortels, en l’absence de sauvetage et de secours »(3).

C’est Percy qui, le premier pense à instaurer un corps de santé indépendant, neutre et inviolable, mais c’est Henry Dunant (devant le spectacle des blessés de la Bataille de Solférino, le 24 juin 1859) qui a l’idée de créer la Croix-Rouge. Elle verra le jour à Genève, en 1863. Un décret du 14 juillet 1865 indique que les ambulances et les hôpitaux sont désormais rendus reconnaissables par un drapeau blanc à croix rouge.

En 1881, le Docteur Chéreau fait à l’académie de médecine une communication sur l’organisation du service des « ambulances urbaines » qui fonctionne depuis déjà vingt ans à New York. Constatant la grande efficacité du système conçu par Henry Nachtel (un médecin français d’origine polonaise, exerçant aux Etats-Unis), il conclut à l’intérêt que présente pour Paris un tel dispositif(4). En 1884, ce dernier publie un mémoire préfacé par Victor Hugo sur L’organisation à Paris d’ambulances urbaines analogues à celles des grandes villes d’Amérique, destiné à porter « les premiers secours aux malades et blessés tombés sur la voie publique, dans les ateliers, les usines, etc. ».

Le service public des « ambulances urbaines » de Paris, initié par Nachtel, est finalement inauguré le 1er juin 1888. Un service complet de secours, avec brancardiers, voitures attelées en permanence et internes, basé à l’hôpital Saint-Louis, peut être prévenu par téléphone(5). Les voitures de l’œuvre, de simples petits omnibus analogues à ceux dans lesquels se font les livraisons des magasins de nouveautés, spécialement aménagés pour ce service, sont munies d’une clochette. Les cochers peuvent ainsi être prévenus et lui laisser le passage libre sur la voie publique(6). « Cela faisait neuf minutes et demie pour le parcours de l’hôpital Saint-Louis à l’Opéra, plus de trois kilomètres. C’est joli. Il est vrai que la voiture était attelée d’un admirable trotteur fourni par M. H. Hostein, le propriétaire des écuries si connues de la rue de la Chapelle… »(7).

A la fin des années 1880, la ville de Paris crée deux stations d’ambulances municipales. Non médicalisées, elles sont essentiellement destinées à conduire des malades contagieux à l’hôpital.

Bientôt, les édiles municipaux établissent un plan de réorganisation du service des transports de malades et blessés, et décident de créer de nouvelles stations d’ambulances. En 1900, ce sont au total sept stations qui sont en fonctionnement. Cette organisation, conservée jusqu’en 1907, ressemble à ce qui existe aujourd’hui, avec un service d’urgence médicalisé (urbain) type SAU-SMUR et un service d’ambulances non médicalisées (municipal) type ambulance AP-HP.

De profondes réorganisations transforment alors le « service des ambulances de la ville de Paris » en « service des ambulance des hôpitaux de Paris » dont l’organisation est confiée à l’Assistance publique, qui fourni le matériel médical et le personnel. Peu à peu, les voitures hippomobiles sont remplacées par des véhicules automobiles, si bien qu’en 1921, au lendemain de la première Guerre mondiale, les dernières ambulances hippomobiles disparaissent définitivement du pavé parisien.

 Eric Rousseaux (Illustrations : photos et collection Eric Rousseaux)

1. Apollon, fils de Jupiter, dieu du soleil et de la santé, eut pour fils Asclépios (Esculape chez les romains), dieu de la médecine, qui à son tour eut pour fils Podalyre et Machaon

2. Anonyme, 1849. Dictionnaire de médecine usuelle. Didier, Libraire - Editeur.

3. L’acte de naissance du concept d’urgence médicale date de 1740. Il prit la forme d’un Avis pour donner du secours à ceux que l’on croit noyés, rédigé par Réaumur.

4. Grison (Georges) 16 février 1881. Le Figaro - n° 47.

5. Son invention date de 1876.

6. L’univers illustré, n° 1733, 9 juin 1888.

7. Grison (Georges) 2 juin 1888. Le Figaro - n° 154.

Cherchant à assurer le secours rapide des blessés sur les champs de bataille, le baron Pierre-François Percy conçoit le premier corps de « chirurgie mobile ». Il propose à cet effet la transformation d’un train d’artillerie bavarois attelé en véhicule sanitaire, avec table d’opération et rideaux. Cette antenne mobile est assistée par une troupe régulière de « soldats infirmiers » qui emmène rapidement les chirurgiens sur le champ de bataille.

 Promoteur de la chirurgie d’urgence, notamment pour les lésions traumatiques des membres, le docteur Larrey confronté à la nécessité d’une prise en charge immédiate des blessés imagine le principe des « ambulances volantes ». Dans le bilan de la meurtrière campagne de Russie en 1812, il compte 22 000 blessés traités dans ses ambulances, dont 9 073 guéris sans séquelles et 1000 amputations. Il estime avoir sauvé 89 % des blessés qui lui ont été confiés.

 Voiture médicale régimentaire modèle 1888. Ce véhicule à 2 roues, doté d’une suspension et attelé à un cheval, est destiné au transport d’objets de pansements, d’instruments de chirurgie, de médicaments, etc., contenus dans 2 cantines. Le coffre de dessous est destiné à recevoir 8 brancards de champ de bataille.

 Voiture médicale régimentaire modèle 1891. Cette voiture suspendue à 4 roues possède un bâti d’avant-train métallique permettant d’atteler 2 chevaux de front.

 Petite voiture pour blessés (modèle 1889). Ce véhicule à 2 roues, suspendu, attelé à un cheval, est destiné à transporter 2 blessés couchés sur des brancards.

Grande voiture pour blessés (modèle 1889). Ce véhicule à 4 roues, suspendu et attelé à 2 chevaux, peut transporter 10 blessés assis (5 assis et 2 couchés, ou 5 couchés). La voiture est surmontée d’une galerie qui peut recevoir 8 brancards. Les côtés, le devant et le derrière sont garnis de rideaux en toile qui préservent les blessés des intempéries.

 

 Chariot 1900 aménagé pour le transport de 15 brouettes porte-brancard démontées et de 15 brancards articulés pour le transport des blessés.

Première Guerre mondiale, convoi d’ambulance en partance pour le front (les petites voitures pour blessés précèdent de grandes voitures pour blessés).

 Fourgon du service de santé de l’armée Belge.


 Ambulance au camp de Beverloo, au nord-est de la Belgique pendant la Grande Guerre.


 Cet équipage traversant la forêt de Laigue (au nord-est de l’Oise), ressemble plus à un véhicule réquisitionné qu’à une ambulance réglementaire…


 Chevaux et mulets mélangés composent les cinq paires attelées à ce fourgon du service de santé britannique circulant entre les trous d’obus.

 En 1915 les Anglais transformèrent une étroite bande de terrain à proximité du petit port de pêche d’Etaples (situé au sud de Boulogne), en un immense ensemble d’hôpitaux militaires, d’entrepôts et de centres d’instruction destinés à assurer les arrières des unités qui combattaient sur le front des Flandres et de la Somme.

 Train d’ambulance (deux paires de mule par fourgon) de l’American Expeditionnary Force envoyée en France en 1917.


 Dans les ruines, une voiture d’ambulance est bloquée, ses chevaux gisent dans une mare de sang. Détail du « Panorama de la bataille de l’Yser », une toile de 14 mètres de haut sur 115 mètres de long réalisée par Alfred Bastien à la demande du roi Albert 1er.


Sympathique reconstitution d’une ambulance militaire lors de la 7ème édition des Journées du cheval de trait, à Sacy-le-Grand, en 2006.


 Enveloppe 1er jour commémorant la mise en service des ambulances urbaines aux USA.


 Inauguration par Jules Simon (le 1er juin 1888) du service (d’initiative privée) de secours aux blessés des ambulances urbaines de Paris.


 C’est au docteur Nachtel, un français (qui leur fit également adopter, selon le modèle parisien, le service médical de nuit) que les Américains doivent le développement, à partir de 1860, du service des ambulances urbaines qui servira de modèle à la France… vingt ans plus tard.



L’évacuation des blessés

" Il n’y a pas un ravin qui, étant accessible à des tirailleurs, ne le soit aussi à un cacolet d’ambulance… ». De la conquête de l’Algérie, à la Seconde Guerre mondiale, mulets de cacolet (à gauche) et mulets de litière (à droite), seront de tous les conflits".

C’est pendant la conquête de l’Algérie, à partir de 1830, que le cacolet (une sorte de bât composé d’un double siège à dossier muni de coussins) destiné au transport assis des blessés à dos de mulet fait son apparition.

Pour le transport des blessés allongés, le mulet de cacolet est remplacé par le mulet de litière ; l’un et l’autre permettent désormais de conduire les blessés récupérés sur le champ de bataille à l’ambulance, établie autant que possible à l’abri du feu de l’ennemi.

Suivant leur état, les blessés sont ensuite renvoyés à leur corps ou dirigés vers l’hôpital sédentaire le plus rapproché.

Guerre de Crimée, Expédition du Mexique, Guerre de 1870, Campagne du Tonkin, 1ère Guerre mondiale, seconde Guerre mondiale, Indochine, Algérie. Les mulets d’ambulance seront désormais de tous les conflits (voir article complet sur le mulet d’ambulances dans SABOTS n° 22).

 Version urbaine (made in USA) du mulet d’ambulance…