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Comment se prémunir du Dopage Alimentaire Involontaire

Les chevaux participant à une compétition doivent être en bonne santé, et réaliser leurs performances sur la base exclusive de leur potentiel propre. A partir de ces deux postulats, et afin d’assurer le bien-être des animaux, l’égalité des chances et l’optimisation des schémas de sélection, une législation a été mise en place qui repose en particulier sur des contrôles anti-dopage, lors des compétitions.


Photo : François Durand 

C’est la loi Bambuk de 1989 qui régit la lutte « anti-dopage », en précisant qu’il est interdit d’administrer des substances de nature à modifier les capacités des animaux ou à masquer l’emploi de substances illicites qui figurent sur une liste (Annexe 2) de la loi. Une liste qui est revue régulièrement. Ceci est repris dans les Codes des courses au galop et au trot, mais aussi, depuis 2002, dans les règlements FEI et FFE. Ces dispositions s’appliquent à tous les chevaux participants à des manifestations ou compétitions sportives. L’attelage est bien entendu concerné.

La liste FEI 2011 stipule l’interdiction nominative de 1 156 substances « + les autres substances avec une structure chimique similaire ou des effets biologiques similaires ».

Ceci signifie l’interdiction quasi-totale de toute substance ne se trouvant pas naturellement dans l’organisme du cheval, ou à des doses anormalement élevées.

Les analyses des prélèvements des contrôles officiels sont effectuées, en France, au Laboratoire des Courses Hippiques (LCH) en région parisienne. Ce laboratoire, un des 3 laboratoires de référence FEI dans le monde, réalise environ 29 000 analyses par an provenant des chevaux de courses courant dans l’hexagone, et moins de 1 000 analyses sur des chevaux de compétitions équestres, mais les résultats positifs sont proportionnellement plus élevés en sports équestres qu’en courses.

Parmi les cas de dopage positif, il est admis que 2 à 6% des cas seraient liés à l’alimentation du cheval. C’est à ces cas de dopage, généralement involontaires et liées à des « SNAP », que nous allons nous intéresser.

QUE SONT LES SNAP  ?

Ce sont des Substances Naturelles Alimentaires Prohibées, c’est à dire des composants naturels et normaux de certaines plantes que le cheval peut être amené à consommer en l’état ou sous la forme de dérivés alimentaires utilisés par l’homme, qui se retrouvent de façon accidentelle, dans ses aliments, voir directement dans sa mangeoire, ou encore offertes comme friandise ou récompense.

Sept substances principales sont à redouter :

  • La Caféine, naturellement présente dans le café, le cacao, le guarana, le maté, etc.
  • La Théobromine, que l’on trouve principalement dans le cacao, et le thé.
  • La Théophylline (dérivé chimique de la théobromine) très présente dans le thé, mais aussi dans le chocolat et le café.
  • L’Atropine, présente dans 3 plantes poussant naturellement en Europe, la belladone, le datura et la jusquiame. Ces plantes adventices fréquentes, peuvent être consommées en pâture, en fourrages séchés ou lors de contaminations de récoltes de céréales ou de plantes oléagineuses. La baisse actuelle de l’utilisation des désherbants sur les cultures et pâtures, favorise la réapparition assez massive de ces plantes « contaminantes », voire toxiques.
  • La Scopolamine, une substance proche de l’atropine, qui est produite par les mêmes plantes.
  • La Bufoténine (et son dérivé chimique, la Diméthyltryptamine), classées parmi les stupéfiants (hallucinogènes),sont présentes dans de nombreuses légumineuses et graminées, dans les feuilles de certains acacias, dans l’écorce et les racines des mimosas ; mais la contamination majeure en France se fait par la consommation directe, ou en foin contaminé, de roseau ordinaire et surtout, en milieu méditerranéen de la canne de Provence, en terrains humides.
  • La Morphine : Alcaloïde bien connu du pavot, dont on extrait l’opium, qui contient 5 à 20% de morphine. En Europe, on cultive, à des fins de production d’opiacés médicaux, une plante de cette famille, le pavot oeillette à graines bleues. Cette plante n’est pas consommée naturellement par le cheval, mais deux principaux types de contamination des aliments du cheval sont connus :
    • La contamination des cultures adjacentes par des graines, donc des pieds d’œillette , qui contaminent des récoltes de foin, de luzerne (plantes ayant les mêmes exigences agronomiques), ou de céréales, sans tri ou nettoyage possible (principalement en Grande Bretagne)
    • La contamination des séchoirs : Lors de la récolte de l’oeillette en vert, il est nécessaire de la déshydrater. Dans certains lieux les séchoirs utilisés le sont ensuite pour des productions principalement de luzerne, mais parfois aussi de paille ou de céréales (principalement en France).

Toutes ces substances ont une activité pharmacodynamique, stupéfiante, et à certaines doses toxique. Elles peuvent également être administrées de façon volontaire, et entrent alors dans un programme de soins. Ceci explique qu’il soit formellement interdit de les retrouver lors de contrôles.

Il faut savoir qu’elles laissent des traces dans l’organisme pendant plus ou moins longtemps selon la substance et la dose ingérée (plusieurs jours). Contrairement à certaines substances, vis à vis du contrôle anti-dopage humain, il n’est pas reconnu de seuil de tolérance. C’est donc la loi du tout ou rien qui s’applique, sauf pour la Théophylline, en raison de son utilisation thérapeutique.

photo : François Durand

QUE FAIRE POUR PREVENIR CE RISQUE ?

Depuis près de 15 ans, le CNEF, émanation syndicale qui regroupe 11 marques françaises d’aliments pour chevaux, a fait des recherches et élaboré, avec les instances de contrôle des course, les associations d’entraîneurs et de drivers, la FIVAL, le LCH, la FFE, la SHF, l’AVEFet l’ENESAD, deux démarches destinées à rendre ce risque le plus faible possible :

  • Le Guide de Bonnes Pratiques à l’Ecurie, qui synthétise sous forme de fiches très didactiques, les mesures préventives à prendre à l’écurie et en déplacement, selon 3 grandes directions
    • Gestion de l’Ecurie
    • Gestions des soins
    • Gestion de l’alimentation
  • La Charte Qualité CNEF. Il s’agit d’une Charte à laquelle adhèrent les marques du CNEF et qui impose à ses adhérents fabricants et distributeurs, des contraintes supplémentaires aux démarches de qualités, habituelles, orientées vers la prévention du risque de contamination des aliments par des « SNAP », tout au long de la chaîne de fabrication, en prenant en compte les principales étapes suivantes :
    • Sélection des matières premières entrant dans l’usine et contrôle des fournisseurs
    • Formulation stricte prenant en compte la présence éventuelle de « SNAP » Echantillonnage et contrôle (analyses sous contrôle du LCH) des matières premières et produits finis, tout au long de la chaîne : réception, stockage, fabrication, conditionnement et livraison
    • Audits réguliers des pratiques
    • Synthèse et contrôles des rapports d’audit par un comité de pilotage CNEF et bilan annuel avec les institutionnels de la filière, déjà cités.

Cette lutte contre la contamination éventuelle de votre cheval de compétition par des « SNAP », doit être en permanence à l’esprit, lors de la visite de vos pâtures, le choix de votre fournisseur de foin, de luzerne (certaines sont certifiées cheval), de céréales, d’aliments composés, de suppléments alimentaires ; mais également dans la gestion journalière des jours de concours : pas de thé ou de café dans les boxes, ou autour, pas de gâteaux ou friandises à base de chocolat, café ou pavot, etc.

Alors, avant de partir sur un marathon, vous avez droit à une barre de céréales chocolatée. Mais ne la partagez pas avec votre cheval, ce serait prendre un risque inutile !

Yves Tazé ( Docteur Vétérinaire, Responsable Nutrition Equine Equigold)


photo : François Durand

Pour en savoir plus sur ces démarches et les marques concernées un site à consulter : www.cnef.nutritionequine.fr