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Un meneur tchèque en formation au Haras du Pin

 Parue le : vendredi 6 mars 2015

Jiri Kriz, meneur tchèque et compétiteur international, est arrivé dimanche 29 février au Haras national du Pin, accompagné de sa jument de 10 ans, Castilla. Son objectif ? Se former pendant un mois auprès de Renaud Vinck et son équipe, à l’école d’attelage HN du Pin, afin d’améliorer encore sa technique.

 

Photo Haras national du Pin

Son histoire : un retour aux sources et une rencontre

Né en 1974 à Prague et issu d’une longue lignée d’agriculteurs, Jiri a repris le flambeau. Son parcours est aussi étonnant que passionnant et très imprégné de l’histoire de la République Tchèque. Son arrière, arrière, arrière-grand-père a été le premier à posséder sa propre ferme. Dans les années 1950, sous le gouvernement communiste, ses terres familiales sont réquisitionnées. Jiri précise : « Durant cette période, la ferme était mise à disposition de la collectivité, le propriétaire n’avait donc pas l’autorisation de travailler ou même d’entrer sur ses anciennes terres. » Son grand-père déménage à Prague où il devient pharmacien. Le père de Jiri sera paléontologue.

En 1989, au grand bonheur de toute sa famille, Jiri entame des études à l’Ecole de l’agriculture de Prague, bien qu’il ne soit alors pas encore possible de posséder ses propres terres. C’est pourtant une période essentielle pour Jiri car il y rencontre sa femme, Lenka, grande passionnée d’équitation et cavalière de saut d’obstacle. C’est aussi la fin du régime communisme. Le couple a maintenant la possibilité de louer une ferme et choisit de s’établir à une soixantaine de kilomètres de Prague. La ferme deviendra un élevage de chevaux de selle et aussi une école d’équitation.

Du cheval utilitaire aux championnats du monde d’attelage

Afin de développer son activité, Jiri investit dans des chevaux de trait et travaille pendant une dizaine d’années dans le débardage, premier contact avec la discipline de l’attelage. Le progrès technologique a peu à peu fait disparaître les chevaux dans le travail du bois : on ne les utilise plus que dans les chemins escarpés ou en zones humides. Les conditions de travail devenant difficiles et dangereuses, Jiri arrête son activité. En 2009, il rencontre Eva Véghova qui désire que son cheval soit débourré dans la discipline de l’attelage. Ebahie par ses résultats, elle encourage vivement Jiri à s’inscrire en compétition.

Avec ce premier cheval, Santiago, les bons résultats ne se font pas attendre. « Un véritable cheval de coeur mais peu adapté à la discipline », précise cependant Jiri. Eva souhaite alors proposer à Jiri un cheval plus performant, capable d’obtenir des résultats dans des épreuves internationales. C’est ainsi que Castilla, jument Kladruber (race élevé pour l’attelage) de 3 ans, achetée au Haras national de Kladruby, entre dans la vie de Jiri.

« C’était une jument très prometteuse mais nous avons souhaité prendre notre temps. »

Voilà pourquoi ce n’est qu’en 2012 que Castilla et Jiri participeront à leurs premières épreuves internationales. L’année 2014 est couronnée de succès car Jiri et Castilla prennent la 2ème au Championnat de la République Tchèque et sont qualifiés pour le

Championnat du monde à Iszak en Hongrie, leur premier grand championnat.

Le Championnat du monde 2014 : une rencontre franco-tchèque

A Iszak, Jiri n’espère même pas parvenir être sur le podium, il sait la concurrence internationale rude et le niveau très élevé et raconte : « le niveau était très élevé pour l’épreuve de dressage et le marathon était très difficile à réaliser ». Il arrive quand même 5ème de l’épreuve de maniabilité : « Georges a fait une maniabilité extraordinaire. Très rapide, il semblait motivé et heureux d’être là », précise Raphaël Berrard, formateur au Pin et groom de Renaud Vinck lors de cette compétition. C’est pendant ce championnat, où Renaud devient vice-champion du monde, que les deux compétiteurs se parlent pour la première fois. Jiri observait Renaud depuis longtemps et a toujours apprécié sa technique.

L’idée de venir se former en France a émergé plus tardivement. La fille de Jiri, cavalière de saut d’obstacle dans des épreuves à 1 mètre 30, a passé quelques semaines en stage chez un grand cavalier belge, Denis Soyer. Jiri s’est ainsi inspiré de sa fille et a souhaité se former auprès des plus « grands ». L’attelage français et Renaud Vinck se sont imposés naturellement. « Le dressage étant la base de tout, je suis désireux d’améliorer ma technique. Les savoir-faire des Haras nationaux et du Cadre noir sont une référence en la matière. Il n’y a pas d’équivalent en République Tchèque », nous confirme Jiri. Sur place, il est accompagné de Tereza, jeune avocate, bilingue en français, passionnée de chevaux et groom du concurrent le plus sérieux de Jiri en République Tchèque. « Elle fait de l’espionnage », prévient Jiri, rieur. La jeune femme a pris quelques jours de congés pour découvrir le Haras national du Pin, « mais j’ai toujours possibilité d’échanger mon billet de retour », ajoute-t-elle sur le même ton.

Et de retour en République Tchèque...

Jiri aura de quoi s’occuper : 70 hectares de terre, plus de 60 chevaux dont une vingtaine de propriétaires dans son écurie et de nouvelles dates de compétition à venir. Jiri espère initier une base d’échange et de partage entre les meneurs internationaux et être à l’initiative d’une nouvelle mouvance en République Tchèque : « Il n’y aura pas d’avancée possible sans un retour aux fondamentaux : un bon dressage permet d’améliorer son niveau. » De plus, Jiri explique : « Il existait une véritable tradition équestre en République Tchèque qui a disparu sous le régime communiste. Je souhaiterais voir naître un savoir-faire national et ouvrir la voie à d’autres sportifs. »

Souhaitons à Jiri un bon séjour en Normandie. Il nous dit se sentir déjà comme chez lui, puisque tout le monde l’appelle Georges : « Ma mère m’appelait ainsi lorsque j’étais petit. »

Tiphaine Drouot
Chargée de communication au HN du Pin.