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Jean de Boulogne, Chasse-Marée de Picardie

 Parue le : jeudi 11 octobre 2012

Je suis Jean de Boulogne, Chasse-Marée de Picardie si fier de ma besogne mener du poisson à Paris.


Le ballon de marée presenté lors de la dernière route du Poisson, à Compiègne (photo Jean-Léo Dugast)


Je suis Jean de Boulogne, Chasse-Marée de Picardie si fier de ma besogne mener du poisson à Paris.

Sans un instant de trop, moi je n’ai qu’une seule journée pour atteindre au triple galop la porte au Faubourg Poissonnier.

Sur mon chariot j’ai vingt quintaux de pichons frais de la marée, par le devant cinq chevaux les plus beaux des grands Boulonnais.

Monté en croupe pour mieux conduire, je sais pousser, je sais freiner, je sais les pentes où l’on chavire, j’y vais la nuit les yeux fermés.

Holà ! Garez-vous donc ! Chasse-marée de Picardie ! Holà ! Garez-vous donc ! On m’attend à Paris !

Je suis fils de charretier et tant de fois j’ai vu mon père faire ces chariots, ces grands paniers, arcs tendus pour fendre l’air.

Que l’idée m’est venue, d’en devenir le maître, fils de charretier, Chasse-marée, c’est ainsi que dieu m’a fait naître.

J’ai débuté enfant par les chemins pierreux, petit mouilleur de frein, je n’étais pas peureux

Tant y’a des bosses et des cahots où des carrosses feraient des tonneaux, tant y’a des rues et des ornières où des charrues casseraient leur fer.

Holà ! Garez-vous donc ! Chasse-marée de Picardie ! Holà ! Garez-vous donc ! On m’attend à Paris !

A quatorze ans, j’ai pris la selle, seigneur de ma folle équipée aux grandes larmes des pucelles qui me voyaient déjà tomber.

Car les chemins en ont tués bien des gaillards de mon pays morts sous la roue, sur le pavé, au péché de s’être endormi.

Des yeux des gueuses je n’ai que faire aux relais où je prends chevaux car moi ma mie c’est la crinière qui vient me caresser le dos.

Et j’ai sur moi l’odeur du vent parfum des fées, filles des bois que j’aperçois de temps en temps Flottant sur l’ombre qui nous noie.

Les 5 Boulonnais menés par Michel Vincent (photo Jean-Léo Dugast)


Holà ! Garez-vous donc ! Chasse-marée de Picardie ! Holà ! Garez-vous donc ! On m’attend à Paris !

 Un jour j’ai failli chavirer par trop de routes dans le mois, las je me suis mis à rêver qu’un poète vantait mes exploits.

« En ce temps-là, la Picardie allait du Tréport en Calaisis et des hommes au prix de leur vie menaient du poisson à Paris.

Sorti de la Manche à minuit, grillade à Montmartre à midi, mais quels grands mages ont fait ceci ? Les Chasse-marée de Picardie ! »

Et sous les cris et les bravos, un hennissement m’a rappelé, j’allais glisser sous le tombereau mon cheval m’avait réveillé.

Holà ! Gare toi donc ! Chasse-marée de Picardie ! Holà ! Gare toi donc ! Et tant pis pour Paris !

Alors j’aimerais que le poète ajoute un vers à nos mémoires pour dire que nos chevaux, en fait... bien plus que nous ont fait l’histoire.

Jean-François Battez

  Dans la cour du Haras national de Compiègne (photo Jean-Léo Dugast)